Flying cigar called Flying Tiger I (Cigare Volant appelé Tigre Volant), 1980, PMMK, Ostende
MAGNETISME :
Panamarenko et le vaisseau spatial interstellaire relativiste

Bing of the Ferro Lusto, dessin, 1982, collection particulière
L’ambition de voler domine les recherches de Panamarenko. Elle trouve son accomplissement dans son projet de «Reis naar de Sterren » (voyage vers les étoiles). Il analyse la physique des astres et s’intéresse à la propulsion utilisant le champ magnétique pour construire des vaisseaux spatiaux.
Pour comprendre de telles œuvres, il faut se demander comment elles sont nées, et entrer dans l’esprit de l’artiste. Nous y découvrons deux personnages antagonistes mais inséparables et condamnés à vivre ensemble. Le premier, que nous appellerons « le Rêveur » (R), foisonne d’idées, refuse de se plier aux habitudes, ignore le mot impossible, et force notre sympathie.

Propulsion à l’aide de champs magnétique, dessin, 1978, collection particulière
Le deuxième sera « le Scientifique » (S). Sa logique rigoureuse et sa culture scientifique en font un redoutable adversaire des erreurs plus ou moins volontaires de R, mais aussi un collaborateur solide lorsqu’il s’agit de structurer un nouveau projet et lui fournir les outils nécessaires.
R comme beaucoup d’hommes depuis Icare voudrait s’élancer dans l’espace, non comme un oiseau mais comme la lumière qui parcourt l’univers d’une galaxie à l’autre. S démontre que nos techniques sont trop lentes, qu’il faudrait utiliser les forces existantes dans l’univers, peut-être les champs magnétiques ?
A la demande de R qui s’enflamme, S dessine le réseau des lignes de champs, serrées autour de la terre. Ce champ magnétique présente au dessus des pôles certaines lignes qui échappent à la terre. Elles sont aspirées par d’autres pôles dans l’espace comme le soleil ou d’autres planètes.

Bing of the Ferro Lusto, 1997, collection particulière en dépôt au SMAK, Gand
Cependant, ajoute S prudemment, ces longs chemins magnétiques ne peuvent servir à véhiculer un objet aimanté. En effet, celui-ci voit son pôle sud s’orienter vers le nord et inversement, laissant l’objet au repos. Si on supprimait un des pôles, s’écrie R, alors inexorablement, sans dépense d’énergie l’objet serait attiré par le lointain pôle contraire, à une vitesse de plus en plus grande car il n’y a pas de frottement dans l’espace ! S est exaspéré : ces objets monopôles n’existent pas, clame-t-il. Il faut les construire conclu R avec une superbe assurance.
Devant S de plus en plus sombre, il dessine un appareil dont l’enveloppe est un excellent conducteur. Cet engin laisse passer le champ dans un sens seulement. Pour avoir suffisamment de force il devrait avoir un diamètre de 500 m, et travailler à une température voisine du zéro absolu. Il se déplacerait à 300000 km/sec.
S abandonne la partie, vaincu par le Rêve, pour lequel rien n’est impossible.
Qu’importe si on ne réalise qu’un croquis, une image, un modèle, cela suffit pour que notre imagination s’envole. Et si pas la nôtre, certainement celle de R.
R.M.

Panamarenko. Pastilles. Edition Sac à dos, 1989, Livre–objet, Multiple

Paradox, 1975, Multiple
MULTIPLES

Das Flugzeug (L’avion), 1969, Multiple
Les multiples sont des créations non originales qui apparaissent en périphérie des réalisations majeures de Panamarenko. Ce sont des documents et des objets liés à une exposition, l’anniversaire d’un proche, des vœux de nouvel an destinés aux amis, des cadeaux d’affaires et de prestige d’entreprises des secteurs diamantaires et bancaires d’Anvers, etc. Le plus souvent, il s’agit de traces des processus d’invention et de réalisation -ou de copies réduites- d’œuvres majeures de Panamarenko, éventuellement accompagnées d’une photographie de l’artiste.
Les multiples ne sont pas réalisés par l’artiste. Ils peuvent être produit par les galeries et les marchands d’art qui représentent l’artiste auprès des collectionneurs. Il s’agit d’objets produits en série limitée, dans la plupart des cas, entre 20 et 100 exemplaires.

Paradox, 1975, Multiple
La nature des multiples est très variée. Il s’agit de photocopies, d’affiches en impression offset, de photographies, de sérigraphies, de lithographies, d’impressions sur émail. Cet inventaire comporte aussi des livres, des albums photographiques, des livres-objets, des livres-vidéos. Il existe également des objets réels à dimensions réduites tenant dans les mains et présentés dans des boîtes en carton ou en plexiglass. On épinglera pour clore cet inventaire, des éprouvettes en verre, des boîtes avec kit de montage, des maquettes, des objets en polyuréthane, en kevlar, etc. Le multiple n’a pas pour but de rendre l’original plus accessible. En effet, ces objets restent trop coûteux pour atteindre le grand public. « Le multiple n’a donc pas de fonction sociale […] ». A fortiori, quand de son côté, « l’art n’y est pas encore arrivé. »
Selon l’artiste, « toute œuvre recèle une idée ». Il ajoute, « tout peut s’imiter ».
« […] si l’idée d’un objet suffit, sa multiplication permet d’en conserver plus aisément l’idée ».
Gageons que derrière les machines de l’artiste, c’est d’abord l’idée, le processus de réalisation et, ainsi, l’homme lui-même en acte comme en pensée qui prime.
S.N.T.